Quand je me démaquille le soir, quand j’attache mes cheveux, que je regarde ce visage dans le miroir, je me vois alors, resté inanimé et incertain. Je vois alors, le visage de cet être fragile et différent, bien enfouit sous le masque d’une pseudo féminité exacerbée par des artifices de fards, de blush, de rouge à lèvres.

Quand j’essuie avec une lingette ce masque et que dégouline alors le faciès du mensonge social féminin que je m’accorde, je ne vois qu’un visage tâché de rouge, de blanc, d’imperfections. Je me sens nu et vulnérable, et je l’entends me dire qu’il est l’homme que je ne suis pas et ne serais jamais, physiquement, socialement et aux yeux de tous.

Pourtant, je me bats, quotidiennement pour ma propre condition lié à ce sexe qui fait de moi un être différent, imparfait, soumit et inférieur à leurs yeux. Quand j’enfouis mes doigts dans ma non toison et un pubis glabre que parfois je m’octroie par pure coquetterie, je vois alors cet utérus, cette vulve maudite qui me vaux leurs regards, leurs jugements, leurs désirs toujours sur mon corps frêle et mes fesses rebondis, fesses de femme et seins si légers, cuisses fermes et pieds léger, et ces bras que je déteste et me renvoi à ce corps frêle, fragile, du haut de ses 56 kilos malingre.

J’ai la sensation entre mes cuisses d’avoir un sexe puissant et fort, aussi virile que n’importe quel membre dressé, mais le délit de faciès est beaucoup trop visible : je n’ai ni barbe, ni moustache, ni autres signes me faisant appartenir à la caste des dominants, ceux qui peuvent jouir, aimer, choir, et vivre de manière plus libre que je ne le serais jamais.

Parfois je sors sans ce maquillage familier que je choisis plus par curiosité des touches et du coup de pinceau que de l’effacement d’un visage que néanmoins j’apprécie. Je leur fais l’affront de sortir nu, d’attacher mes cheveux, d’apparaitre petite et androgyne ou peut être de me persuader que je serais enfin un homme, un garçon comme eux et que je rejoindrais leurs blagues, leurs discussions, leur estime.

Mais rien n’y fait car je reste finalement l’être en dessous d’eux, ce trou béant qui fait qu’entre mes cuisses ils pourront déblatérer entre deux rire gras une petite blague sexiste, un enième raccourcis genré et qu’ils nommeront vite, très vite, humour, pour ne surtout pas heurter la sensibilité “féminine” dont je serais censée être pourvu.

Alors, je remets mon masque de séduction surjouée, comme un trop plein de noir, de gras, de mascara, de rouge. Mes tenues mêlent une féminité violente et agressive à une démarche et un teint de voix rocailleux masculin, viril et fièr. Je me saoule, je fume, je baise comme eux. Je prends leurs femmes et les fais jouir.
Je remets mon armure de séduction surjoué qui est censé les repousser, eux qui les aime d’habitude si frêle et si godiche semble-t-il, je remet cette armure comme un homme qui se travestirais trop, comme si j’étais ce travestis au sexe fort et aux apparats féminins, comme si je m’octroyais une énième coquerie que moi seul pourrait me permettre en tant qu’homme, en tant que femme, en tant qu’être malade, prit entre deux eaux et qui ne se satisfait d’aucun et qu’on ramène toujours dans une boite rose.

Puis dans ces moments sombre où mon identité vacille et où je songe encore une fois à leur désir, à leur agression, je m’imagine soudainement prendre des ciseaux et couper cette chevelure maudite, cette aura de féminité violente pour en faire apparaitre une masculinité agressive à travers un regard de sexe féminin, voir sous leur yeux horrifiés que j’ai jeté aux flammes et sans un remords ce qui constituait LEUR désir, leur jouissance, l’un des dernier bastion de ce qui faisait de moi, à leur yeux une femme.

Et je pleure. Lâche, d’être prisonnière d’un genre non identifiable mais toujours, quoi que je fasse ramener à cet état de femme, de fille, de salope, de future mère, d’amante, de seins, fesses, utérus, vulve, clitoris qui me rends malade, mal.

Mal.

  1. outretombe a publié ce billet